
Benoît Broutchoux naît en 1879 non loin de Montceau-les-Mines. Il est l’aîné d’une famille de 8 enfants.
A l’âge de 14 ans, il se retrouve comme mineur à Monceau-les-Mines, Il débarque en 1898 à Paris et fait terrassier sur le chantier du métro. Il commence alors à fréquenter les milieux syndicalistes et anarchistes. Le 2 juin 1900, après la mort d’un métallo gréviste, Brouillard, tué par la police, il prononce un violent discours lors de l’enterrement : il est arrêté et condamné pour « excitation au meurtre et au pillage, injure à l’armée, paroles outrageantes au gouvernement parlementaire ». À peine libéré on le condamne, pour avoir frappé un commissaire.
En 1902, sous un faux nom, il trouve de l’embauche dans le bassin minier de Lens. Mais, dès la grève d’octobre, il s’oppose au « vieux » syndicat des mineurs (réformiste). Nouvelles condamnations pour « atteinte à la liberté du travail » et « usurpation d’identité ». Il s’implique alors dans le « Jeune syndicat » et devient le rédacteur du journal « Le réveil syndical » puis de « L’action syndicale ». Partisan de la grève générale, mais aussi propagandiste néo-malthusien et amour-libriste, il est condamné pour « outrages aux bonnes moeurs ».
Il incarnait un personnage populaire et sympathique, une vedette du pays minier, un moment de l’histoire syndicale des mineurs. « Ah ! dis donc y viennent encore emmerder l’Benoît » grondait le populo des corons de Lens, quand les cognes venaient l’alpaguer. Et la foule s’attroupait devant le domicile de Benoît pour l’acclamer et insulter les pandores. Anarchosyndicaliste, il se bagarra sans trêves contre l’ordre des compagnies minières et la mollesse des militants socialistes. Militant original et gouailleur, Benoît dirigea, en 1906, la grande grève qui suivit la catastrophe de Courrières (1066 victimes).
En mars, il est arrêté alors qu’il marchait, avec 2000 grévistes sur la mairie de Lens. Libéré de prison, il devient gérant d’un café, mais continue d’éditer le journal, grâce à une petite imprimerie.
Il lutte une bonne partie de sa vie contre Émile Basly, qu’il considère comme un traître passé du côté des patrons. En 1914, il est appelé au front mais en est rapidement éloigné après une « cure au gaz » qui rend ses poumons en état d’éponge !